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Le 11 avril dernier, le Gouvernement du Québec, et plus précisément le ministère des Relations internationales et de la Francophonie a dévoilé sa nouvelle politique internationale portant le titre Le Québec dans le monde : s’investir, agir et prospérer. Les objectifs de cette politique visent à promouvoir le Québec sur les plans commercial, culturel, économique, politique et social.


Par ailleurs, lors du dernier budget du Québec, des investissements supplémentaires de 100 millions de dollars sur 5 ans ont été annoncés pour soutenir l’action internationale du Québec. La politique présentée est donc un guide sur l’orientation choisie par le gouvernement dans l’utilisation de ces montants.


Les 3 orientations-clés de la politique :

  • Rendre les Québécoises et les Québécois plus prospères;
  • Contribuer à un monde plus sécuritaire, durable et juste; et
  • Promouvoir la créativité, la culture, le savoir et la spécificité du Québec.

Bien que ces orientations soient importantes, il faut les mettre en perspective et les analyser sur le plan de l’immigration.


Qu’est-ce que ça signifie sur le plan de l’immigration et de la mobilité internationale?

Tout d’abord, le Québec connait une forte concurrence internationale pour l’attraction de main-d’œuvre qualifiée. Pour répondre à cette concurrence, le Québec s’engage à développer de nouvelles stratégies de prospection et d’attraction de personnes qualifiées pour localiser et attirer celles d’entre elles qui correspondent le mieux à leurs besoins.


Cet engagement implique aussi un effort d’accueil et d’intégration des immigrants notamment sur la reconnaissance des compétences acquises à l’étranger. On ajoute qu’avec le vieillissement de la population, l’immigration est un enjeu clé et qu’il est crucial que le Québec puisse exercer sa responsabilité en matière de sélection, d’accueil et d’intégration des immigrants sur son territoire. 


Pour atteindre ces objectifs, la politique énonce certaines mesures visant à favoriser l’attraction et intégration des individus issus de l’immigration. Ainsi le Gouvernement envisage d’offrir un accès à des services de francisation et d’intégration en ligne aux personnes en séjour temporaire et aux membres de leur famille en vue de favoriser leur transition vers un statut permanent ainsi que leur établissement durable au sein de la province.


Le Québec a d’ailleurs récemment annoncé la mise en place, dès le mois d’août 2017, d’une allocation de participation de 140 $ par semaine pour tous les immigrants qui suivent des cours de francisation à temps complet, et ce pour une durée maximale d’un an.


La reconnaissance des compétences : un enjeu majeur

Ajoutons que dans un effort d’intégration, le Québec entend améliorer et accélérer la reconnaissance des compétences des personnes immigrantes formées à l’étranger, mobiliser les ministères et organismes qui jouent un rôle en la matière, et impliquer l’ensemble des acteurs du marché du travail dans le processus. Cela mènera à une augmentation des ententes traitant de la reconnaissance des qualifications professionnelles, un peu à l’image de l’Entente entre le Québec et la France sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles.


Mentionnons d’ailleurs que le Québec priorisera les pays visés en fonction notamment de l’importance de leurs liens avec la province. Ce lien fait surtout référence à la langue. En effet, le Québec réitère clairement l’importance d’apprendre le français le plus rapidement possible dans le processus migratoire.


Les investisseurs et entrepreneurs : après la pluie, le beau temps?

En dernier lieu, la politique met de l’avant l’importance des personnes immigrantes sur le plan de l’entrepreneuriat et de l’investissement. Il est démontré que les immigrants représentent une tranche de la population particulièrement active sur le plan de l’entrepreneuriat. Dans cette optique, le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) mettra en place une stratégie pour attirer les immigrants entrepreneurs et innovateurs et pour favoriser leur intégration afin qu’ils contribuent au développement économique du Québec. Mentionnons aussi que les immigrants investisseurs se verront offrir des services d’accueil et d’accompagnement dans le but de les retenir puisqu’historiquement les immigrants investisseurs ne présentent pas un bon taux de rétention.


Ainsi, malgré que le MIDI ait suspendu temporairement le programme des entrepreneurs pour la période du 1er avril 2017 au 31 mars 2018, il est à prévoir que cette catégorie rouvrira avec un traitement accéléré et des critères d’admission actualisés.


Bref…

En résumé il est important de comprendre la volonté du Québec de devenir une place de choix sur la scène internationale en termes d’immigration. Toutefois, cet objectif ne saurait éliminer l’importance pour le Québec de préserver son processus d’intégration et d’accueil surtout en matière linguistique. Le français n’est certainement pas négligé et la population désireuse de se joindre à la société québécoise devra prendre en considération cet aspect des plus importants.


Par Me William Gobeil, avocat et M. Joao Pierre Gomes, stagiaire en droit